Mali : les revers d'Africa Corps ébranlent l’influence russe au Sahel

Par admin , 9 mai 2026

L’image a fait le tour des réseaux sociaux : des paramilitaires russes d’Africa Corps, successeur du groupe Wagner, escortés hors de Kidal par des combattants rebelles. Une scène hautement symbolique qui illustre les difficultés croissantes rencontrées par Moscou au Mali, où son soutien militaire à la junte d’Assimi Goïta semble de plus en plus contesté sur le terrain.

Depuis les offensives lancées fin avril par des groupes armés dans plusieurs villes stratégiques du nord du Mali, la Russie voit son image se dégrader dans la région. Présenté comme le nouveau garant sécuritaire des régimes militaires sahéliens, Africa Corps peine à contenir la progression des combattants du JNIM, affilié à Al-Qaïda au Sahel, alliés aux rebelles touaregs du Front de Libération de l’Azawad (FLA).

Selon les données de l’organisation All Eyes On Wagner, le partenariat militaire entre Bamako et Moscou aurait coûté entre 500 et 900 millions de dollars depuis 2022 pour le déploiement d’environ 2 500 hommes. Un investissement considérable dont les résultats apparaissent aujourd’hui limités, alors que la junte malienne fait face à une instabilité persistante.

Africa Corps : une stratégie sécuritaire de plus en plus contestée

Pour plusieurs observateurs, les difficultés actuelles d’Africa Corps étaient prévisibles. Paul Melly, spécialiste du Sahel, estime que « la réputation de la Russie pourrait prendre un nouveau coup » si les groupes rebelles poursuivent leur avancée. De son côté, Peter Tinti, maître de conférences à l’Université de Chicago, souligne que les paramilitaires russes avaient déjà réduit leurs opérations de combat et obtenaient des résultats « mitigés » lorsqu’ils étaient engagés sur le terrain.

Le retrait de Kidal met également en lumière les limites de la stratégie russo-malienne. Selon Peter Tinti, cette approche ne traite pas les causes profondes du conflit dans le nord du Mali et contribuerait même à aggraver les tensions.

Plusieurs rapports et enquêtes accusent en outre les forces russes de violations graves des droits humains. Héni Nsaibia, analyste senior à l’ACLED, évoque des « atrocités de masse » et des attaques contre des civils ayant contribué à intensifier la brutalité du conflit.

Un revers qui inquiète les alliés régionaux de Moscou

Ces revers pourraient avoir des conséquences au-delà du Mali. La Russie s’est progressivement imposée comme partenaire sécuritaire au Burkina Faso et au Niger, deux autres pays dirigés par des juntes militaires confrontées à la menace djihadiste.

Pour Will Brown, chercheur au Conseil européen des relations extérieures (ECFR), les résultats russes au Mali sont loin des promesses affichées. Il critique des équipements « inadaptés au terrain » et des méthodes qui, selon lui, renforcent indirectement les groupes extrémistes après chaque exaction commise contre les populations civiles.

Face à cette situation, certains experts estiment que les régimes sahéliens pourraient être tentés de diversifier leurs partenaires sécuritaires. Alex Vines, directeur du programme Afrique de l’ECFR, considère que cet échec militaire et politique pourrait pousser les juntes à rechercher d’autres soutiens internationaux.

Au Mali, le symbole est fort : à Kidal, le drapeau du Front de Libération de l’Azawad flotte désormais sur la ville. Une réalité qui interroge la capacité de Moscou à tenir ses engagements militaires dans la région et à préserver son statut de partenaire stratégique crédible en Afrique.

À la une
NON
En continu
NON
Breaking news
OUI
Article premium
NON
Sponsorisé
NON
Auteur principal
admin
Chapô

Les difficultés militaires d’Africa Corps au Mali fragilisent la stratégie russe au Sahel et soulèvent des interrogations chez les alliés de Moscou au Burkina Faso et au Niger.

Légende image

Mali : les revers d'Africa Corps ébranlent l’influence russe au Sahel

Commentaires